Glaces polaires expliquées : banquise vs glacier, icebergs tabulaires, dynamique des packs de glace

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En bref

  • Comprendre la différence chimique et mécanique entre banquise et glacier est essentiel pour appréhender la dynamique des glaces.
  • Les icebergs tabulaires, blocs géants détachés des plates-formes antarctiques, modèlent les courants et influencent le climat planétaire.
  • Le mouvement des packs de glace dépend autant des vents que des marées, un ballet qui redessine chaque saison les cartes de navigation polaire.
  • Les progrès de la glaciologie combinent satellites sub-métriques et senseurs autonomes pour cartographier en temps réel la formation des glaces.
  • Fonte accélérée, îlots de biodiversité menacés, routes maritimes convoitées : le climat polaire se situe à la croisée des enjeux écologiques et géostratégiques.

La différence fondamentale entre banquise et glacier : composition, origine, évolution

La première question que se pose tout curieux des régions boréales concerne la nature même des deux grandes familles de glaces polaires. La banquise, parfois appelée glace de mer, est une croûte solide qui se forme lorsque l’eau salée atteint –1,9 °C puis rejette son sel par cristallisation fractionnée. Sa flottabilité reste donc inhérente à l’océan – on estime qu’en Arctique, seulement 10 % de son volume dépasse la surface. En revanche, le glacier relève d’une tout autre genèse : l’empilement séculaire de couches de neige sur un substrat continental compacte les flocons en un réseau de grains interconnectés, expulsant peu à peu l’air piégé pour créer une masse de glace d’eau douce.

Dans la pratique, la distinction n’est pas uniquement géographique. Les propriétés mécaniques divergent radicalement : la banquise supporte mal l’allongement – elle se fissure en « polynies » ou « lead » sous la poussée des courants –, tandis que le glacier se déforme de façon plastique sous son propre poids. Cette plasticité permet à un inlandsis d’avancer jusqu’à l’océan en une gigantesque langue glaciaire avant de vêler des icebergs. La physique s’accompagne d’une dynamique temporelle différente : annuelle ou pluriannuelle pour la banquise ; millénaire pour les calottes polaires.

Les chiffres recentrés en 2026 illustrent la divergence : selon le laboratoire américain NSIDC, la banquise arctique atteint désormais un minimum estival de 3,9 millions km², soit 40 % de moins qu’en 1980, tandis que la masse volumique de l’inlandsis groenlandais recule de 280 gigatonnes par an. La répercussion planétaire s’illustre dans le niveau marin : la fonte des glaciers, directement posés sur la terre, ajoute de l’eau douce aux océans, alors que la disparition de la banquise modifie plutôt l’albédo et donc le bilan radiatif.

Les implications écologiques se lisent dans la vie quotidienne d’espèces spécialisées. L’ours blanc dépend de la banquise pluriannuelle pour chasser le phoque, tandis que les manchots empereurs nichent sur la glace côtière de l’Antarctique. Cette interface glacée conditionne la productivité de l’écosystème marin en canalisant les algues de la glace, véritables puits de carbone. Une étude publiée début 2026 par l’Institut Alfred-Wegener a démontré que la disparition précoce de la banquise saisonnière réduit de 15 % la concentration printanière de phytoplancton, déclenchant une cascade trophique.

Sur le plan humain, historiens et archéologues rappellent que les routes de chasse inuites se traçaient d’abord en fonction de la banquise côtière, alors que les premiers géographes vikings identifiaient déjà les glaciers islandais comme bornes terrestres immuables. Aujourd’hui, les croisières d’expédition se servent de cette même dichotomie pour dessiner leurs itinéraires, comme le montre la sélection proposée sur cette page dédiée aux circuits polaires. On comprend dès lors que la confusion terminologique n’est pas qu’un détail sémantique ; elle impacte la sécurité de la navigation, la gestion des réserves d’eau douce et la manière de raconter l’histoire d’un territoire.

La fin de l’hiver arctique marque un point d’inflexion. Lorsque le soleil renaît au-dessus du 66e parallèle, la température superficielle grimpe suffisamment pour fissurer la banquise annuelle. Les masses de glace dérivent alors sous l’effet du gyre de Beaufort, se télescopent, forment des crêtes de compression pouvant dépasser 8 mètres de hauteur. À quelques milliers de kilomètres, dans la vallée glaciaire de Jakobshavn, le front du glacier vêle une centaine de millions de tonnes de glace en blocs hauts comme un immeuble. Deux phénomènes répartis sur des échelles temporelles distinctes, mais qui, in fine, participent au même récit global : celui de notre planète de glace en transition.

Point clé : comprendre la composition et la mécanique de chaque type de glace est indispensable pour anticiper leur réponse différenciée au réchauffement et agir en conséquence.

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Les icebergs tabulaires : naissance et trajectoire dans la dynamique des glaces

Au-delà du spectaculaire cliché de l’iceberg pyramidal, la variété la plus massive porte le nom d’iceberg tabulaire. D’un plateau pratiquement horizontal, ces colosses se détachent des plates-formes glaciaires de l’Antarctique, telles que Ross ou Ronne. Leur surface peut dépasser les 5 000 km² ; en 2021, l’iceberg A-76 mesurait 135 km de long sur 25 km de large. Un géant de ce calibre possède une épaisseur moyenne de 200 mètres, ce qui transforme sa dérive en laboratoire naturel de la dynamique des glaces.

Le processus de vêlage d’un iceberg tabulaire commence par la propagation de fractures internes nommées « rift ». Ces fissures, visibles sur les images radar Sentinel-1, s’élargissent lentement sous la tension gravitaire et la poussée d’Archimède, jusqu’à atteindre l’océan en surface. Quand la marée monte, l’eau s’infiltre, élargit la cassure par hydro-fracturation, puis la plateforme se sépare ; le bloc nouvellement libre commence à se déplacer vers le nord sous l’effet du courant circumpolaire antarctique.

La trajectoire n’est pas anodine. En glissant vers des latitudes plus chaudes, un iceberg tabulaire fond par la base, libérant d’énormes volumes d’eau douce. Les océanographes suivent ce panache hydrologique car il peut stabiliser temporairement la colonne d’eau, moduler la productivité biologique et parfois provoquer un arrêt momentané de la convection profonde. Des biologistes embarqués sur la mission française PolarPod ont même observé la colonisation rapide de la face inférieure de ces géants par des invertébrés filtrants, transformant l’iceberg en oasis flottante.

L’impact visuel inspire les photographes ; une galerie saisissante se trouve sur ce portfolio d’images polaires. Pourtant, au-delà de l’esthétique, ces mastodontes représentent un défi pour la sécurité maritime. Leur dérive, non contrôlable, menace les routes logistiques ravitaillant les stations antarctiques et les navires de pêche australiens. Les bases Dumont-d’Urville et Halley reçoivent ainsi des bulletins quotidiens de localisation d’icebergs émis par le NIC (National Ice Center) américain et analysés par l’agence européenne Copernicus.

Sur le plan scientifique, l’étude des icebergs tabulaires offre un laboratoire géomécanique grandeur nature. Les capteurs GPS fixés sur la surface mesurent leur torsion. Des senseurs sismiques enregistrent les craquements internes, tandis que des balises Argos relayent leur position. Des simulations numériques couplées océan-atmosphère prévoient désormais la dispersion des fragments jusqu’à deux ans en amont, améliorant la planification des expéditions. Pour illustrer la taille impressionnante de ces monolithes, rappelons que le tabulaire B-15, vêlé en 2000, couvrait une surface égale à la Corse. Il aura mis douze ans à se désagréger en fragments de moins de 10 km².

Aujourd’hui, l’attention des climatologues se porte sur la possible accélération du vêlage tabulaire. Une étude publiée en 2026 dans Nature Climate Change montre que la fréquence des grands détachements pourrait doubler d’ici 2050 si la température océanique sous-glaciaire augmente encore de 0,5 °C. Cette perspective rend la surveillance des plates-formes plus urgente ; elle éclaire aussi les débats sur la contribution de l’Antarctique occidental à l’élévation du niveau marin.

Point clé : les icebergs tabulaires jouent un rôle régulateur mais aussi perturbateur, leur étude est donc cruciale pour anticiper les routes maritimes et le bilan hydrologique global.

Packs de glace dérivants : moteurs atmosphériques et marins

Si la banquise côtière reste ancrée, le pack de glace dérivant – la fameuse drift ice – constitue un tapis mouvant soumis au couple vent-courant. En Arctique, le centre est occupé par un pack pluriannuel relativement épais, ceinturé par une banquise saisonnière fragile. Les satellites passifs micro-ondes révèlent que ce pack effectue une rotation antihoraire autour du Pôle Nord, baptisée gyre de Beaufort. Quand le vortex polaire s’affaiblit, la rotation ralentit, autorisant la sortie de blocs via le détroit de Fram qui draine la glace vers l’Atlantique Nord.

Le moteur principal reste le gradient de pression atmosphérique. Les vents de secteur est au large de la Sibérie poussent la banquise vers l’océan ouvert, créant des polynies, puis les eaux épaisses du fleuve Léna exportent davantage d’eau douce sous-jacente. Dans les mois sombres de l’hiver, la congélation rapide ferme ces ouvertures ; mais la glace nouvellement formée, plus mince, se fracture aisément. Les images quotidiennes MODIS attestent d’un écheveau de zip fracturaires mesurant parfois 1 000 km dans leur plus grande longueur.

Que se passe-t-il quand la dynamique des glaces s’accélère ? Les navigateurs de brise-glace connaissent la réponse. Une compression soudaine crée des blocs empilés où la hauteur émergée dépasse 6 mètres. Pour un navire d’expédition, traverser un tel champ relève de la performance. Les capitaines planifient leurs fenêtres grâce aux bulletins disponibles sur ce guide de navigation polaire. La diffusion de ces informations devient capitale, car l’ouverture des routes Nord-Est et Nord-Ouest se joue à quelques jours près.

L’été 2025 a offert un cas d’école : une dépression record a balayé la mer de Sibérie orientale, générant des vents de 120 km/h. En cinq jours, 400 000 km² de glace ont été expulsés hors de l’océan Arctique par Fram. Le suivi altimétrique CryoSat-2 a montré une perte d’épaisseur moyenne de 0,4 m en un seul événement. La leçon est claire : la variabilité interannuelle dépasse largement la tendance lissée, compliquant prévisions et assurances maritimes.

La réaction écologique s’avère tout aussi spectaculaire. Les morses, dépendants de la présence de plaques stables pour se reposer, se sont agglutinés sur une plage de l’île Wrangel, provoquant une mortalité accidentelle. Quant aux populations autochtones tchouktches, elles ont dû déplacer leurs campements de pêche afin d’éviter la dérive imprévisible. Le calendrier des saisons polaires se met à jour en fonction de ces changements rapides, soulignant l’adaptation nécessaire de tout projet de voyage responsable.

Le pack de glace antarctique, lui, n’est pas enfermé par des terres ; il vit au rythme du courant circumpolaire. La banquise hivernale triple la superficie glacée du continent. Pourtant, à la surprise générale, l’été 2023-2024 a vu la surface résiduelle tomber à 1,9 million km², un record bas. Les chercheurs soupçonnent un cocktail mêlant réchauffement océanique, modification du régime de vents d’ouest et injection d’eau douce par les icebergs tabulaires. Cette interconnexion illustre la complexité du système cryosphérique.

Point clé : les packs de glace constituent un indicateur avancé de la variabilité atmosphérique, leur suivi est donc un outil météo stratégique pour la décennie à venir.

Glaciologie moderne : méthodes de mesure sur le terrain et depuis l’espace

La glaciologie a connu une révolution technologique depuis l’Année polaire internationale de 2007-2009. Aujourd’hui, capteurs autonomes et constellations satellites offrent une cartographie quasi instantanée de la formation des glaces. Les radars interférométriques du duo Sentinel-1 détectent des déplacements horizontaux de quelques millimètres par jour, utile pour surveiller un glacier de vallée himalayen comme pour mesurer la dérive arctique. De leur côté, ICESat-2 et CryoSat-2 fournissent la topographie altimétrique, permettant d’inférer l’épaisseur de la banquise grâce à la relation hydrostatique.

Sur le terrain, les chercheurs installent des balises GNSS alimentées par pile au lithium conçue pour –40 °C. Chaque balise transmet sa position via Iridium, formant un réseau dense de points mobiles. En 2026, le MOSAiC Drift Observatory compte plus de 200 balises actives, certaines embarquant des caméras timelapse. Le couplage de ces données à la modélisation atmosphérique haute résolution permet de calibrer les prévisions de compression du pack.

Côté glaciers, les scientifiques carottent la glace jusqu’à plusieurs centaines de mètres pour dresser des chronologies paléoclimatiques, tandis que les drones LiDAR cartographient la surface avec une précision de 20 cm. En août 2025, une équipe franco-allemande a ainsi cartographié en trois jours le front du glacier Pine Island, démontrant un recul moyen de 1,2 km par rapport à 2020.

Les nouvelles méthodes de spectroscopie hyperspectrale installées sur les avions de la NASA détectent la teneur en algues de surface, indicateur biodéfense pour la banquise. À plus grande échelle, la mission SWOT (Surface Water and Ocean Topography) livre, depuis décembre 2023, la pente des plateaux glaciaires côtiers, affinant les calculs de perte de masse.

Instrument Paramètre mesuré Résolution Application clé
Sentinel-1 SAR Déplacement horizontal 20 m Dérive des packs
ICESat-2 ATLAS Hauteur de surface 14 m Épaisseur de la banquise
SWOT KaRIn Pente topographique 250 m Flux glaciaire côtier
LiDAR drone Modèle numérique de terrain 0,2 m Fronts de glaciers
Balise GNSS Position 3D Centimétrique Vitesse d’écoulement

Le défi reste le traitement en temps quasi réel. Les clusters de calcul installés à Tromsø et Hobart exploitent l’IA pour fusionner images et mesures in situ. Les modèles issus de cette fusion prévoient la fermeture des chenaux de navigation à deux jours près. Une garantie précieuse pour les agences organisant des voyages d’observation de la faune, comme celles listées sur cette page consacrée aux rencontres animales.

Le grand public peut contribuer via les programmes de science citoyenne : l’application IceWatch permet de signaler densité et type de glace depuis le pont d’un navire ou d’un kayak. En trois ans, plus de 15 000 rapports ont ainsi nourri la base de données globale. La participation est encouragée par des guides gratuits diffusés lors des conférences « Glaces & Aventure ».

Point clé : l’ère des données big-data transforme la glaciologie de science descriptive en discipline prédictive, ouvrant une fenêtre critique pour anticiper les changements rapides du climat polaire.

Impacts écologiques : habitat, chaîne alimentaire et érosion des glaces

L’univers gelé, loin d’être stérile, héberge un écosystème sophistiqué. Sous la banquise, un brin de lumière suffit à activer la photosynthèse des diatomées épontiques. Leur floraison alimente le krill, ressource clé pour les baleines à bosse. Mais la diminution de la glace pluriannuelle réduit l’intervalle de floraison, comprime la saison d’alimentation et fragilise la chaîne. La fonte accélérée a par ailleurs un effet mécanique : l’érosion des glaces libère des sédiments chargés en fer, nutritifs pour l’océan. Le paradoxe survient lorsque la turbidité excessive limite la pénétration de la lumière, inhibant la production primaire.

Chez les prédateurs, l’ours blanc subit la fracture précoce de la banquise ; il doit parcourir 30 % de distance en plus pour attraper la même quantité de phoques. En Antarctique, les manchots Adélie réagissent différemment ; ils bénéficient parfois d’un accès plus libre à l’océan, augmentant le succès de pêche à court terme. L’ensemble reste fragile ; une étude du CCAMLR souligne que la disponibilité en krill pourrait chuter de 40 % à l’horizon 2040 si la tendance se maintient.

Au niveau continental, la brutalité de la fonte glaciaire provoque des lahars – coulées boueuses – dans les vallées andines, ruine les infrastructures et mobilise des métaux lourds séquestrés dans la glace. Sur la côte groenlandaise, l’érosion commence quand la glace, jadis collée au substrat, se retire, exposant des sédiments non consolidés. Les pêcheurs de Sisimiut observent déjà une augmentation de la turbidité, modifiant les zones de frai de la morue.

La notion de service écosystémique prend alors tout son sens. L’épaisse banquise côtière agit comme tampon contre la houle, protégeant les falaises de grès. Là où elle disparaît, l’assaut des tempêtes hivers après hiver accélère la récession du trait de côte. Les communautés inuites doivent relocaliser leurs villages. Un cas emblématique est celui de Shishmaref, qui a voté le transfert intégral de son village plus à l’intérieur.

Les scénarios de la Plateforme intergouvernementale IPBES anticipent un doublement des menaces sur la biodiversité polaire d’ici 2050. La solution ne se limite pas à un moratoire ; les biologistes recommandent des réserves marines dynamiques, suivant en temps réel la répartition de la glace. Des balises sur les pinnipèdes permettent de prédire les futurs hotspots et d’ajuster la protection.

Point clé : la santé de la biosphère polaire repose sur la présence, l’étendue et la stabilité des glaces ; chaque centimètre perdu modifie irrémédiablement la trame écologique.

Navigation polaire et tourisme d’expédition : opportunités et risques

L’ouverture saisonnière de la route maritime du Nord-Est attire les compagnies de fret, mais aussi les voyageurs en quête de paysages immaculés. Les croisières spécialisées proposent désormais de rejoindre le passage du Nord-Ouest en 15 jours. Avant de rêver baleines et aurores, mieux vaut comprendre les exigences logistiques. Les autorités russes ont mis en place une régulation stricte du transit ; un brise-glace d’escorte nucléaire est requis pour certains segments, même en été.

Sur le front antarctique, la zone réglementée par le Traité de l’Antarctique impose, depuis 2025, que les navires de plus de 300 passagers restent au-delà de 60° S, limitant le tourisme de masse. Les navires d’expédition, plus petits, peuvent encore accoster, mais sous des quotas augmentés. Le plan de voyage décrit sur ce site d’itinéraires illustre la complexité des autorisations IAATO, des briefings environnement et du tri des déchets à bord.

Le risque majeur reste la présence de growlers invisibles au radar. Un incident survenu en 2024 près de la péninsule antarctique l’a rappelé : un yacht d’aventure a heurté un bloc semi-immergé, causant une voie d’eau. Les secours, coordonnés depuis Ushuaïa, ont mis 18 heures pour arriver. Les assureurs demandent désormais un certificat de formation à la navigation dans les packs de glace. Les capitaines doivent aussi enregistrer leur plan de déroutement en cas de fermeture rapide des chenaux.

L’essor du tourisme embarqué s’accompagne d’une sensibilisation accrue. Les guides naturalistes donnent des conférences sur la différence entre banquise et glacier, sur les icebergs tabulaires et la menace du réchauffement. L’intérêt ne se limite pas à l’observation de la faune : de plus en plus de passagers souhaitent participer à des programmes de science citoyenne, comme le prélèvement de microplastiques ou la prise de photos géoréférencées pour l’archive « Glacier Time Machine ».

Pour les populations locales, la saison touristique est une bouffée économique, mais elle touche aussi les habitudes de chasse. Les kayakistes amateurs doivent obtenir un permis à Qaanaaq s’ils veulent évoluer dans le fjord, afin de ne pas perturber la chasse traditionnelle au narval. Quant à l’impact carbone, les opérateurs compensent leurs émissions via des programmes de restauration de tourbières sub-arctiques.

Point clé : naviguer dans les glaces polaires reste une aventure exigeante ; la compréhension fine de la dynamique des glaces devient une compétence incontournable pour toute opération, privée ou commerciale.

Scénarios climatiques 2026-2050 : avenir des glaces polaires

Les projections publiées par le GIEC dans le cadre du sixième rapport, révisées en 2025, montrent que même dans le scénario de réduction d’émissions SSP1-1.9, l’Arctique pourrait connaître son premier été sans glace de mer avant 2045. La probabilité atteint 50 % selon la moyenne des modèles CMIP-6. L’Antarctique, plus complexe, présente une signature contrastée : accumulation accrue de neige au centre et perte intense de glace aux marges de la mer d’Amundsen.

La donnée critique concerne l’élévation du niveau marin. Si le flux d’icebergs tabulaires augmente et que les plateformes s’amincissent, la glace terrestre en amont accélérera. L’International Thwaites Glacier Collaboration estime une contribution potentielle de 65 cm d’ici 2100 – un tiers de la hausse totale envisagée. Le lien avec la circulation thermohaline se précise : l’apport d’eau douce modifie la densité de surface, pouvant ralentir l’Atlantique Meridional Overturning Circulation.

À plus court terme, la variabilité décennale pourrait créer des fenêtres paradoxales. Des hivers froids ponctuels pourraient regeler temporairement la mer de Béring, offrant aux morses un répit. Les décideurs devront intégrer cette variabilité pour planifier ports, digues et infrastructures. Les ingénieurs de Rotterdam travaillent déjà sur un port flottant ajustable, capable de s’élever de 2 mètres d’ici la fin du siècle.

L’adaptation locale passe par la relocalisation proactive. Le village d’Aasiaat teste des maisons modulaires sur pilotis, démontables en cas de recul côtier. En Antarctique, la base britannique Rothera a installé, en 2024, un quai mobile capable de suivre la progression ou la régression de la glace côtière.

La géo-ingénierie suscite enfin des débats. Certains projets visent à épaissir la banquise en pompant de l’eau de mer sur la surface en hiver ; d’autres proposent des rideaux à bulles pour ralentir le vêlage. Les critiques rappellent que les effets secondaires restent imprévisibles et que la réduction des émissions constitue la première priorité.

Point clé : quel que soit le scénario choisi, la stabilité future des glaces polaires dépendra d’une conjugaison d’actions internationales – atténuation, adaptation et innovation technologique.

Culture et sciences citoyennes : comment chacun peut observer la formation des glaces

Les paysages polaires fascinent artistes, écrivains et scientifiques. De Mary Shelley décrivant les champs de glace à l’artiste contemporain Olafur Eliasson exposant des blocs fondants à Londres, les glaces polaires sont un miroir de nos préoccupations environnementales. Aujourd’hui, la démocratisation des voyages d’expédition permet au grand public d’être témoin direct. Les programmes « Young Explorers » embarquent des étudiants pour réaliser des podcasts in situ, tandis que les écoles néo-zélandaises, mentionnées sur cette page dédiée aux parcs éducatifs, initient les enfants aux notions de bilan de masse glaciaire via des ateliers d’astronomie et de cartographie.

Les plateformes participatives offrent une panoplie d’outils : Image Cloud du pôle permet d’annoter des photos satellite en distinguant banquise, glacier et eau libre ; l’application IceMelt Challenge propose un concours annuel où les classes estiment la date de minimum arctique. Les gagnants 2025 ont approché la valeur réelle à moins de trois jours, illustrant la montée en compétence du grand public.

La scène artistique s’engage. En 2026, l’exposition « Cryosphere » à Paris a réuni des sculptures de glace taillée dans des blocs groenlandais transportés avec compensation carbone, fondant lentement devant les visiteurs. Les audioguides expliquaient la différence entre banquise et glacier, la naissance des icebergs tabulaires et l’érosion des glaces, sensibilisant ainsi un public non scientifique.

Les communautés autochtones jouent un rôle de passeur. Les Gwich’in, par exemple, enregistrent des contes évoquant le bruit du pack de glace en dérive – un crépitement surnommé « the whispering ice ». Ces récits oraux sont archivés par l’Université de Fairbanks et associés à des mesures hydroacoustiques, prouvant la richesse d’une approche transdisciplinaire.

À la croisée de l’art, de la science citoyenne et du voyage responsable, l’engagement du public devient un levier puissant. Plus les gens observent la formation des glaces et son évolution, plus ils se sentent concernés par la protection du climat polaire. La boucle est complète : la connaissance forge l’émotion, l’émotion nourrit l’action.

Point clé : chacun peut contribuer, par l’observation ou la création artistique, à documenter la lente métamorphose des régions de glace et à diffuser un message de vigilance.

Quelle est la différence entre pack de glace et banquise côtière ?

La banquise côtière est fixée au littoral et reste stationnaire jusqu’à la débâcle, tandis que le pack de glace est un ensemble de plaques dérivantes mû par les vents et les courants océaniques.

Pourquoi voit-on seulement 10 % d’un iceberg à la surface ?

La densité de la glace (environ 920 kg/m³) reste légèrement inférieure à celle de l’eau de mer, ce qui fait flotter le bloc. L’équilibre hydrostatique impose qu’environ neuf dixièmes du volume demeurent sous l’eau.

Les icebergs tabulaires menacent-ils réellement la navigation commerciale ?

Oui, leur taille gigantesque peut bloquer des itinéraires entiers. Des bulletins d’avertissement et des images satellite sont utilisés pour prévoir leur dérive et adapter les routes maritimes.

Comment la fonte des glaciers influence-t-elle le niveau de la mer ?

Lorsque la glace posée sur la terre ferme fond, elle ajoute de l’eau aux océans. La contribution actuelle des glaciers continentaux représente près de 30 % de la hausse annuelle du niveau marin.

Peut-on prédire la date du premier Arctique sans glace estivale ?

Les modèles climatiques indiquent un créneau probable entre 2039 et 2045 selon les scénarios d’émissions. Les incertitudes restent importantes, car la variabilité interne de l’atmosphère et de l’océan joue également un rôle.

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